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LO QUE NO SE DIJO

Critique cinématographique : Lo que no se dijo, la déconnexion à l'ère de l'hyperconnexion

Par : Paulo Quinteros

Publié le 6 novembre 2025

La Cuarta

Article original : https://www.lacuarta.com/tendencias/noticia/critica-de-cine-lo-que-no-se-dijo-la-desconexion-en-tiempos-de-hiperconexion/

Sous le couvert d’une comédie des années 90 sur la vente de téléphones portables, le film chilien de Ricardo Valenzuela Pinilla révèle une critique amère de l’érosion des liens humains dans le monde moderne.

Se déroulant en 1994, Lo que no se dijo se déroule dans les paysages du sud du Chili, où deux vendeurs parcourent les routes rurales pour convaincre les paysans qu’ils ont besoin d’une nouvelle merveille technologique : le téléphone portable.

Patricia Cuyul incarne Margarita, une employée enthousiaste qui suit à la lettre le discours de la société américaine pour laquelle elle travaille, tandis que son collègue, incarné par Héctor Morales, partage le même enthousiasme pour la promesse de progrès et de réussite.

Le film commence comme une comédie qui centre son humour sur les maladresses du duo qui tente de « vendre la communication » à ceux qui ne savent même pas ce qu’est un téléphone portable, toujours avec en tête les primes et les commissions encouragées par la société capitaliste. Mais peu à peu, l’histoire révèle une dimension plus profonde : la déshumanisation qui naît lorsque tout se réduit à une transaction.

Valenzuela filme avec un regard attachant, montrant la tension entre la modernité qui promet d’unir et la ruralité qui résiste à être absorbée. Chaque porte que les vendeurs frappent devient également un miroir du vide qu’ils portent en eux dans un monde mû par l’argent.

Mariana Loyola, quant à elle, incarne l’amie de Margarita, qui s’occupe de sa fille tout en vivant des difficultés économiques et où personne, absolument personne, ne respecte la seule chose qui lui appartient vraiment : le petit jardin devant sa porte.

La contradiction de Margarita est au cœur du récit : elle vend des téléphones portables, mais n’arrive pas à parler à sa propre mère, une femme dévouée à Jean-Paul II qui passe son temps à regarder des cassettes VHS sur la visite du Saint-Père au Chili. Cette rupture familiale incarne la véritable impossibilité de communiquer dans un monde saturé de messages.

Cuyul compose une protagoniste vulnérable, prise entre la pression du travail et les fissures de sa vie domestique avec sa fille et sa mère silencieuse. Son compagnon, interprété avec sobriété par Morales, reflète quant à lui la même usure d’un système qui promet le succès en échange d’un effort supposé.

C’est dans ce contexte que le scénario parvient à formuler une critique subtile mais incisive : le paradoxe d’une époque qui célèbre la connexion tout en multipliant la solitude. En ce sens, le film semble aussi bien des années 90 qu’actuel, rappelant que l’hyperconnectivité actuelle n’a fait qu’amplifier ce qui commençait déjà à se dessiner dans les années 90 : la fausse promesse que plus de technologie équivaut à un monde meilleur.

Avec une reconstitution minutieuse de l’époque, entre téléphones portables sans écran tactile, costumes inconfortables au milieu de chemins boueux et fête de bureau morne, Lo que no se dijo mêle humour noir, drame et mélancolie, tandis que les paysages du sud du Chili deviennent la métaphore d’une déconnexion émotionnelle que même le meilleur signal ne pourrait réparer.

 

Bien que le film ne parvienne pas à maintenir complètement le rythme de son récit du début à la fin, il se termine par un sentiment d’étrange calme, où la comédie initiale se dissout dans un portrait de la déconnexion émotionnelle et de la fragilité humaine. Plus que de parler de téléphones ou de ventes, le film finit par nous rappeler que, même à l’ère de la communication, nous avons encore beaucoup de mal à nous parler.