MANO PROPIA
Entre la caméra et la réalité : l'héritage du néoréalisme dans « Mano Propia »
Ramona Cultural
Publié le 22 septembre 2024
Article original : https://www.ramonacultural.com/contenido-r/entre-la-camara-y-la-realidad-la-herencia-del-neorrealismo-en-mano-propia/
Une critique du film réalisé par Gory Patiño, récemment sélectionné pour représenter la Bolivie aux Oscars, déjà à l’affiche dans les cinémas de Cochabamba et du reste du pays.
Le film représentant la Bolivie aux Oscars 2025, Mano Propia, est actuellement à l’affiche dans les salles de cinéma. Inspiré de la chronique « Tribus de la Inquisición » de Roberto Navia, il reflète la brutalité des lynchages en Bolivie et évoque l’héritage du néoréalisme italien. À travers un récit cru et réaliste, le réalisateur Gory Patiño capture, comme l’ont fait Visconti, Rossellini et De Sica, la tragédie du quotidien dans une société où la violence remplace la justice.
Des gens ordinaires avec des problèmes réels dans une société brisée, des gens qui doivent survivre au jour le jour malgré les adversités de leur contexte. Voici une brève explication du courant cinématographique du « néoréalisme italien ». Un courant dont le cinéma bolivien s’inspire largement grâce au contexte sociopolitique que nous vivons depuis de nombreuses années. Par exemple, Mi socio (Paolo Agazzi, 1982), qui montre au monde entier le quotidien d’un camionneur qui croise la route d’un petit cireur de chaussures avec lequel il partage un voyage dans le camion appelé « Mi Socio ». Un exemple plus récent, bien sûr, est Mano Propia, réalisé par Gory Patiño, qui se distingue comme une représentation contemporaine de ce style, consolidant son réalisateur comme l’un des principaux représentants de notre propre style, le « réalisme bolivien ».
« Le procureur, le personnage d’Alejandro (Marañón), est un Batman créole qui croit encore en la loi bolivienne et qui tente d’empêcher cela. L’autre approche est celle de la famille, l’approche humaine, l’approche d’un père qui tente de sauver ses enfants. Et c’est ce personnage qui touche, car perdre un enfant ou avoir un enfant en danger vous place dans une situation très extrême. Et le troisième point de vue est celui des jeunes victimes de cette agression, de cette accusation et du fait d’être emmenés sur une place pour être transformés en torches humaines. Donc, en présentant tous ces différents points de vue, je laisse le spectateur juger qui a raison. » Les déclarations du réalisateur reflètent les expériences authentiques des personnes impliquées dans le tragique événement dépeint dans le film. Bien que ces événements soient toujours d’actualité dans la société bolivienne, les responsables ne sont souvent pas condamnés à une peine juste.
« Nous devons raconter des histoires qui suscitent ce type de dialogue, nous n’allons pas apporter de solution, je ne sais pas quelle est la solution, je ne l’ai pas, malheureusement, mais si le film suscite le dialogue et la réflexion, je suis satisfait », explique Patiño, pour expliquer ce que certains appellent à tort la « justice communautaire » en Bolivie, une pratique qui trouverait ses racines dans les traditions et les coutumes des communautés rurales et autochtones. Dans de nombreux cas, elle apparaît comme une réponse à l’inefficacité du système judiciaire de l’État dans certaines régions du pays. Cette forme de justice collective vise à résoudre les conflits au sein de la communauté. Bien que la Constitution bolivienne de 2009 la reconnaisse, elle doit fonctionner dans le respect des droits de l’homme ; cela a été déformé, donnant lieu à des actes violents tels que des lynchages. Ce phénomène met en évidence à la fois les tensions entre les différents systèmes juridiques et la méfiance à l’égard des institutions judiciaires formelles.
Le film Mano Propia ne se contente pas d’exposer un cas de « justice communautaire » en Bolivie, il nous confronte à une réalité sociale qui perdure. À travers le réalisme bolivien, inspiré du néoréalisme italien, Gory Patiño nous amène à réfléchir sur les limites de la justice et les tensions entre les lois étatiques et les traditions ancestrales. Comme dans les grandes œuvres du néoréalisme, le film n’apporte pas de réponses faciles, mais pose des questions essentielles sur la violence et la responsabilité d’une société, dans un contexte où le dialogue est essentiel pour changer ces situations. C’est pourquoi le film nous invite à nous interroger sur ce qui est juste et sur ce que nous sommes prêts à accepter au nom de cette justice.

