Article UN LUGAR MAS GRANDE 3

UN LUGAR MÁS GRANDE

Un lugar más grande : une visite au sujet collectif

Par :  Noé Pineda Arredondo

Publié le 2 juin 2025

DESINFORMÉMONOS 

Article original : https://desinformemonos.org/un-lugar-mas-grande-una-visita-al-sujeto-colectivo/

La première fois que j’ai entendu parler de la municipalité de Tila, c’était en 1996, et ce n’était pas pour de bonnes nouvelles. Des habitants et des militants des droits humains dénonçaient des attaques armées contre la population civile et des déplacements forcés par un groupe appelé Desarrollo, Paz y Justicia (Développement, paix et justice), accusé d’être composé de membres de l’armée mexicaine et de militants du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), alors au pouvoir. Desarrollo, Paz y Justicia était une force civile destinée à lutter contre la croissance de l’organisation de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) dans le nord du Chiapas.

29 ans plus tard, Nicolás Défossé sort le documentaire « Un lugar más grande » (Un endroit plus grand), un film qui nous rappelle la longue histoire de résistance et de lutte du peuple ch’ol de Tila dans sa quête d’autonomie. sympathisants de l’EZLN et membres du Congrès national indigène (CNI), les Ch’oles ont dû faire face à d’énormes défis et à l’opposition même de leur propre peuple, avec des voisins qui soutiennent les partis politiques, dans leur chemin vers l’autonomie. Dans « Un lugar más grande », le personnage principal n’est pas un leader ou une leader, mais une entité collective, l’assemblée.

Le film de Nicolás Défossé nous invite à considérer le sujet ch’ol comme un sujet collectif, à voir la lutte ch’ol comme un processus dynamique avec ses contradictions, ses tensions et ses réussites. Il nous invite à regarder et à écouter un peuple dans l’intimité du collectif. Accompagné du directeur de la photographie Xun Sero, Nicolás Défossé a raison de laisser la caméra observer, écouter attentivement comme un membre de plus de ces assemblées, de ces travaux collectifs. La caméra et les microphones seront les témoins du quotidien d’un peuple organisé.

Contrairement au style documentaire qui concentre l’attention sur un leader charismatique, Nicolás Défossé, dans « Un lugar más grande », mise sur le personnage collectif, le collectif, la participation qui rend possible un processus local qui considère son être ch’ol comme un sujet politique qui se transforme et prend le contrôle de son territoire.

« Un lugar más grande » s’inscrit dans la tradition du cinéma direct. Il nous montre la maturité narrative et créative du réalisateur qui, en moins d’une heure, parvient à nous placer, en tant que spectateurs, dans les espaces fondamentaux de l’organisation ch’ol et, avec soin, évite de nous montrer la violence dure et crue. Au contraire, il maintient le spectateur au centre et au cœur de son récit.

« Un lugar más grande » est un témoignage et un hommage. C’est une histoire qui pourrait se dérouler dans de nombreux endroits du pays, c’est un exemple de la dignité des peuples autochtones qui s’organisent dans leur quête d’autonomie, c’est un regard qui tente de rendre compte d’un processus et de sa complexité. C’est un film qui prend position et évite de mettre l’individu au premier plan.

« Un lugar más grande » sera présenté en avant-première au Festival international du film de l’Université nationale autonome du Mexique (FICUNAM), les 2, 3 et 4 juin à Mexico. Réalisé par Nicolás Défossé, un réalisateur français installé au Chiapas depuis plus de deux décennies et formateur de cinéastes, Nicolás est accompagné dans ce long voyage, qui, comme il le souligne lui-même, a duré près de 8 ans, par le directeur de la photographie Xun Sero, l’un des créateurs et directeurs de la photographie tsotsil en pleine ascension, par Martín de Torcy au son et accompagné de Jean de Certeau au montage. Le projet est une sorte de production franco-chiapaneque sur le territoire ch’ol.

« Un lugar más grande » est l’un de ces documentaires qu’il faut voir et écouter attentivement, tant pour ce que nous dit le peuple ch’ol organisé que pour ce que le réalisateur a voulu nous montrer de cette lutte, de cette partie de ce peuple qui, malgré les violences, continue de rêver d’autonomie sur son territoire.