SOUS LES DRAPEAUX, LE SOLEIL
Critique de Sous les drapeaux, le soleil, documentaire de Juanjo Pereira (Panorama) - #Berlinale2025
Par : Diego Batlle
Publié le 18 février 2025
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Article original : https://www.otroscines.com/nota-21137-critica-de-bajo-las-banderas-el-sol-documental-de-juanj#
La sinistre figure d’Alfredo Stroessner, qui a gouverné son pays entre 1954 et son renversement en 1989, est apparue dans plusieurs œuvres cinématographiques paraguayennes, mais n’a jamais fait l’objet d’un documentaire de l’ampleur et de la portée de Sous les drapeaux, le soleil.
Comme dans presque toute l’Amérique latine, et plus encore pendant les périodes de dictature militaire, les archives ont été perdues ou détériorées. Juanjo Pereira et Sofía Lena Monardo ont donc mené un travail de recherche titanesque pour retrouver des documents éparpillés à travers le monde (il y en a beaucoup provenant de la télévision française, par exemple).
Une fois ces images obtenues (intimes et banales ou sociales et politiques, de propagande ou de dénonciation, officielles ou déclassifiées, de nature journalistique ou plus essayistique), le deuxième grand défi s’est posé : comment les organiser, comment leur donner un sens, comment en tirer le meilleur parti, comment les mettre en valeur pour obtenir l’effet recherché. Et, en ce sens, après un long et laborieux processus de montage, Pereira a réussi à créer une œuvre qui n’a rien à envier à celle de maîtres tels que Sergei Loznitsa ou Radu Jude, pour ne citer que quelques références.
Sous les drapeaux, le soleil aborde les grands thèmes de la gestion de Stroessner (son discours nationaliste et sa mascarade démocratique, le culte de sa personne, sa participation active au Plan Condor, son soutien aux nazis en général et à Josef Mengele en particulier, la persécution sanglante de ses opposants, la construction du barrage d’Itaipú, etc.), mais ne se limite pas au simple dispositif du reportage propre à un journal télévisé, il atteint une dimension cinématographique.
Oui, Sous les drapeaux, le soleil est une histoire de fantômes hypnotique, un film d’horreur, et il possède l’une des fins les plus impressionnantes du documentaire latino-américain récent. Un travail brillant de found footage et, en même temps, une reconstitution saisissante d’un passé qui continue d’exercer une forte influence sur notre présent.

