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Carlos Sorín à propos de « Joel » : j’ai fait un film sans bons ni méchants

Avec « Joël », le réalisateur argentin Carlos Sorín revient en Patagonie pour filmer un drame intime sur la maternité, l’adoption et la discrimination.

Avec retenue mais un large impact, Joël représente un tournant  discret dans la filmographie  de Carlos Sorin (Buenos Aires,  1944) : au croisement entre le réalisme ascétique de Historias minimas etl’élégance du thriller El gato desaparece, dans son nouveau film, le réalisateur vétéran  dirige à nouveau des non acteurs dans un inquiétant drame familier à connotations sociales. Un jeune couple de la Terre de Feu adopte un enfant de 9 ans originaire de la marginalité ce qui est devenu un stigmate : pour les parents d’abord, qui n’arrivent pas à trouver l’empathie avec l’enfant – qui écoute la cumbia (musique populaire colombienne- NDT-) face à leurs aspirations élitistes -, et ensuite pour le village qui refuse d’envoyer les enfants à l’école à cause des rumeurs qui disent que Joël leur parle de drogues.

« Je ne sais jamais comment je trouve les sujets. Je travaille en lisant les journaux sur internet » révèle Sorin, qui donne la première de Joël six ans après le film antérieur : Dias de pesca (2012). Le projet est né de façon lointaine, à partir d’un autre thème sensible, la vente illégale d’enfants à San Antonio del Estero, mais ensuite, le filme a changé de sujet et de scénario .

Carlos Sorín

Auprès dU MÉDIA "VOS"

Ce qui a été décisif ça a été l’axe de l’adoption et de la maternité  qui a émergé quand le réalisateur a décidé qu’il voulait qu’une femme soit protagoniste d’un de ses films. Et il est vrai que le moteur secret de Joël ce n’est pas le petit mais Cécilia (une notable Victoria Almeida), qui se débat entre ses préjugés et le désir d’être mère.

« Ce qu’elle fait, c’est se réaffirmer comme mère d’une façon surjouée. Son conflit principal n’est pas la discrimination de Joël mais de remplir un rôle pour lequel elle n’est préparée. La discrimination l’aide plutôt à l’assumer », dit le réalisateur.

Avec tout ça, il y a eu un conflit ponctuel qu’a vécu le réalisateur et qui a amené la concrétisation de Joël. Sorin :  « Il m’est arrivé quelque chose de très douloureux qui a à voir avec les enfants, moi je suis vulnérable sur ce sentiment. Un de mes petits enfants allait à un jardin d’enfants de l’état et était arrivé dans ce jardin un autre enfant de 3 ans , placé en institution parce que sa mère avait le sida, et lui était porteur. Alors, il y a eu une sorte de rébellion des parents qui ne voulaient pas que leurs enfants aillent à ce jardin avec cet enfant. Moi, ça, ça m’a tué, ça m’a paru une horreur effroyable , avec un enfant, en plus. Avec un adulte, on peut arriver à le penser, mais avec un enfant de 3 ans, c’est terrible. Et en même temps je me suis dit « et s’il mord mon petit fils ? » Ils ont 3 ans et ils peuvent mordre, blesser, griffer. Là j’ai compris que la raison est des deux côtés, que nous sommes tous victimes d’un système qui ne prend pas en charge ce type de choses . ça a été un sentiment fort d’intimidation, de colère, terrible, et ça a eu pas mal de lien avec le démarrage de ce film. »

Avec les échos du naturalisme politique et moral de cinéastes comme Laurent Cantet ou les frères Dardenne, Sorin construit un film qui expose le conflit d’une manière discrètement provocatrice et sans prendre parti de façon évidente ; « Moi, j’aime que les films que je fais émeuvent les gens , qu’ils ne passent pas inaperçus , que celui qui sort du cinéma ne soit pas pareil à celui qui y est entré, mais, en même temps, qu’il ne soit pas trop ému non plus . » explique-t-il..

Et il développe :  « C’est pour ça que j’ai enlevé la musique,  pour ne pas trop donner dans l’émotion. Je voulais un certain degré d’ambiguïté  pour que le spectateur décide. Je dois garder une marge ; j’ai besoin d’un spectateur actif, qui ne se laisse pas porter et qui participe, qui prenne une position ferme face à ces thèmes importants socialement. J’ai fait un film où il n’y a ni méchants ni bons , qui n’est pas manichéen. Si le spectateur prend le parti des parents de l’école, il aura raison, et s’il prend celui de la mère, il aura aussi raison.

Carlos Sorín

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